Pour ou contre la ⦏commission⦐ consultation sur le racisme systémique au Québec?

Je suis  un passionné de « méthode ».  À ce titre, dans la première partie de mon article, −Et au risque d’être fastidieux−, je vais aligner un certain nombre de définitions et d’acceptions, qui auront la vertu de camper le cadre général de notre réflexion et de préciser ce dont nous parlons.

1- Qu’est-ce qu’une commission ?

Généralement parlant, et particulièrement dans les démocraties influencées par le Droit parlementaire britannique, une « commission » est un groupe formé de simples citoyens ou d’experts,  mis sur pied, ou institué par un  gouvernement, afin de se pencher sur un sujet ou quelques sujets précis.  Elle ⦏la commission⦐ peut être permanente ou limitée dans le temps.

Son rôle est généralement triple:

a-Consulter sur le ⦏ou les ⦐ sujet⦏s⦐ qui fait l’objet du mandat;

b-Aider à  en comprendre la nature et les implications;

c-Soumettre des recommandations ou actions à poser par les décideurs publics, afin de résoudre la question qui fait problème.

Notons que plus rarement, une commission peut être aussi dotée du pouvoir d’agir, c’est-à-dire, dans le jargon des sciences de la gestion, d’implémenter ses  propres recommandations.

2- Qu’est-ce que le racisme systémique ?

Historiquement, la formule «racisme systémique ou institutionnel » a été forgée par un Afro-Américain, du nom de Stokely Carmichael, connu aussi sous le nom de  Kwame Ture, dans le contexte des luttes des Afro-américains pour les droits civiques, dans les années 60.

Pour être exact,  Kwame Ture parlait de « racisme institutionnel »  Par  racisme systémique ou institutionnel, il entendait −Et sa définition est encore unanimement acceptée dans les sciences sociales aujourd’hui−:

« L’incapacité collective d’une organisation ⦍ou d’un État⦎ à procurer un service approprié et professionnel à des individus en raison de leur couleur de peau, de leur culture ou de leur origine ethnique ».

La définition que nous retenons est importante, car elle pointe du doigt deux enjeux cruciaux dans l’opération dudit  racisme systémique:

a-l’incapacité inconsciente ou le refus sciemment entretenu par le système ou les institutions d’offrir l’égalité des chances à ses membres, sans égard à la  couleur, l’ethnie, la religion, etc;

b- Dans le racisme systémique, ce qui est important ce n’est pas de dénoncer des personnes (les privilégiés du système); mais de déconstruire les rouages et les mailles du système qui opère une telle iniquité contre les racisés.

3- Avons-nous besoin d’une commission sur le racisme systémique au Québec?

Les concepts une fois compris, il convient maintenant de s’attaquer à la question initiale, à savoir, faut-il une commission sur le racisme systémique au Québec?

Dans la mesure où cette commission a pour mandat d’étudier la question du racisme systémique, de consulter la population et de faire des recommandations aux décideurs publics, elle est, quant à moi, inutile et répond plus à une tactique politicienne et électoraliste du gouvernement libéral actuel.   Expliquons-nous:

Aucun citoyen ou citoyenne qui réfléchit sérieusement sur la question ne conteste l’existence du racisme systémique au Québec.  Une récente étude conduite sur le sujet en 2012 établit sans l’ombre d’un doute la coriace réalité  du racisme systémique au Québec, ses modes de fonctionnement et les actions à poser pour le contrer.

À cet égard, la Présidente de la Commission des droits de la personne, Tamara Thermitus, celle-là même qui doit piloter ladite consultation sur le racisme systémique, déclare candidement que la discrimination systémique est bien présente au Québec.  Elle ajoute et nous citons textuellement:

À qualification égale, le candidat majoritaire qui a un nom à consonance franco-québécoise a 60 % plus de chance d’être invité à un entretien d’embauche qu’un candidat issu d’un groupe minoritaire, a-t-elle soutenu.

Puisqu’aucun chercheur sérieux ne conteste l’existence du racisme systémique au Québec, qu’avons-nous encore besoin de consultation?  En ce qui me concerne, une telle commission serait contre-productive non seulement parce qu’elle ne nous apprendrait rien de nouveau−Ne réinventons pas le bouton à quatre trous!−; mais, en plus, elle aurait pour effet collatéral de braquer les Québécois de souche comme des coupables, qui se refermeraient dans un repli grégaire, dit identitaire.

En sorte que la véritable question n’est pas tant de savoir s’il faut une consultation sur le racisme systémique; mais plutôt de savoir quand les décideurs publics vont mettre en application les actions recommandées pour contrer le racisme systémique au Québec?

À cet égard, la mise sur pied de cette consultation est une tactique politicienne et électoraliste du gouvernement libéral qui vise à lancer de la poudre aux yeux des néo-Québécois aux fins uniques de gagner du temps et d’acheter leur vote.   Ne soyons pas dupes, nous savons tous et toutes que les recommandations des commissions seront tablettées  jusqu’aux prochaines élections!

En cette année électorale, forçons les partis politiques à présenter des plans d’actions concrètes pour résoudre une fois pour toutes le racisme systémique au Québec.  C’est alors que la démagogie électoraliste des Libéraux, les tactiques manichéennes et machiavéliques des Péquistes, les manoeuvres xénophobes et répugnantes des Caquistes se révèleront au grand jour. Le temps est à l’action et non à des consultations inutiles qui sèment la division.

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